Paris, place Pigalle 1960, le marché aux musiciens
Ça se passait au siècle dernier, des folles années 20 et jusqu'aux sixties. Place Pigalle, au bas de la Butte Montmartre, quartier prisé des noctambules, et également connu pour ses nombreux commerces d'instruments de musique.
C'est là que le mardi en soirée se rassemblait la communauté des musiciens parisiens appelés "Pigalliers", sur ce marché aux contrats, où l'on achetait du saxo, où l'on promettait du gala. Autrefois, quand l'accordéon faisait valser toute la France, les séances de cette bourse à ciel ouvert étaient quotidiennes.
Les musiciens de variétés désoccupés étaient fidèles au rendez-vous. Ils se pressaient là par centaines, s'agglutinaient au hasard des rencontres et des affinités par petits groupes agités, sur la Place, et aux terrasses du grand café "des Omnibus ", ou au " Parisien ". Il y en avait de tous âges et toutes spécialités, souvent avec leur instrument, prêts à sauter sur la première occasion offerte par un organisateur de spectacle ou un chef d'orchestre en manque d'instrumentistes.
Les propositions circulaient aussi de groupe en groupe : .. "J'ai un truc pour toi, une noce bourgeoise à 200 francs", " Paraît qu'ils cherchent un bando pour une soirée tango à Neuilly, et aussi un tromboniste chez Jacques Hélian, demande à Untel, c'est lui qui tient l'affaire " ...
Le grand débouché, évidemment, c'était le bal du samedi soir, mais il y avait aussi les arbres de Noël, les fêtes publiques ou privées, tournées estivales, le 14 juillet et les réveillons.
Ces musiciens contractuels étaient talentueux, car il leur fallait s'adapter à la demande et au répertoire au pied levé.